MENDEZ DE LOYOLA, BALTHAZAR (1631-1667) (DE SON VRAI NOM MOHAMMED EL-ATTAZ)
Gairaud
| Numéro d'objet: |
22865 |
| Catégorie: |
Tableau / Dessin |
| Technique: |
Huile sur toile |
| Origine: |
Béziers |
| Date: |
1668 |
| Support: |
Toile, canevas |
Recherche dans "Notes":
Mendez de Loyola, Balthazar, né vers l'an 1631, fils du Sultan de Fez, fut élevé dans les pratiques du Coran, et acquit une profonde connaissance de la littérature arabe.
Marié à Fatima dès l'âge de 14 ans, le jeune prince était déjà père de deux filles et d'un fils, quand il entreprit le pèlerinage de la Mecque (1651). Peu de jours après le départ, son vaisseau fut attaqué par une galère de Malte et tous les passagers furent réduits en captivité. Pendant cinq ans, personne ne soupçonna sa haute naissance, tant ses compagnons lui restèrent fidèles dans le malheur ! Au bout de ce temps, sa rançon fut payée, et il allait retourner dans sa patrie, quand, soudain, sa haine de musulman se changea en un ardent désir de recevoir le baptême (12 juin 1656). On le conduisit sans retard aux PP. de Malte, et, le jour même où saint Ignace rendait le dernier soupir, il fut baptisé sous le nom de Balthazar Mendez de Loyola qu'il substitua au sien propre, Mohammed el-Attaz. Cette première grâce fut bientôt suivie par celle de la vocation à la vie religieuse. Il entra au noviciat de Rome, le 13 septembre 1661, fut ordonné prêtre dans l'année qui suivit l'émission de ses premiers voeux, et commença à évangéliser les esclaves mauresques à Gênes, à Naples, à Livourne et à Rome.Son grand désir était de retourner au règne du Gran Mogol, pour convertir des Musulmans. Le P. Mendez partit en prenant la route de Turin, de Lyon, de Toulouse et de Bordeaux. Il arriva à Madrid, le 26 août. L'heure de la récompense avait sonné pour lui. Une fièvre maligne l'emporta en peu de jours et il mourut, le 15 septembre 1667.
Cf. Patrignani;
Hamy, 2212. — Outre l'estampe reproduite pour la Galerie, il existe deux tableaux, l'un à Toulouse, 20, rue des Fleurs, l'autre à Mongré, Ville-franche (Rhône).
Gravure prise dans : Galerie illustrée de la Compagnie de Jésus; volume 5; plate 26
Annoté au revers : CD Fecit / 1668 / Gairaud
Playfair 242 : Copie d'une lettre envoyée de France au sujet de la conversion admirable du fils unique du roy de Maroc et de Fez. (No title-page or publisher.) 4to, 8pp. Signed ; « F. R. P. S., C. L. C. » Joux le copie imprimée à Lille, Chez Nicolas de Rachi, à la Bible d'or, 1669.
It refers to the conversion of Mowlai Mohammed Athasi (not the only son of Mowlai Mohammed), who was captured by a Maltese vessel on the way to Mecca, and baptized as Balthazar de la Loyala de Mendoza. He died at Toulon in 1667. The narrative is full of inaccuracies. See also Gonzalès de Santalia's « Manductio, etc., » pp. 40 and 50. Godard, who derives his facts from this source, says that a play of Calderon's « Magnus princeps de Fez, D. Balthazar de Loyala, » used to be performed in the principle cities of Spain. See also No. 282.
Mohammed El Attaz est le fils du sultan saadien Al-Walid ben Zidan et d'une de ses épouses, Huali, d'origine espagnole. En 1654, il part faire un pèlerinage à La Mecque. Avec une escorte modeste, il embarque en Tunisie sur un navire anglais, où le bey le traite avec les honneurs dus à son rang.
Son navire est capturé devant le cap Bon, au nord-est de la Tunisie, par les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Mohammed et sa suite sont retenus comme prisonniers durant plusieurs années à Malte. Esprit religieux il passe son temps de captivité à commenter les textes coraniques pour les prisonniers musulmans et écrit plusieurs livres comparant l'islam au christianisme. Il est libéré grâce à la forte rançon payée pour lui par le bey de Tunis.
Cependant le 12 juin 1656 - à la suite d'une « vision » qu'il aurait eue – il se déclare « chrétien » et reçoit le baptême le 31 juillet après une courte instruction religieuse. Il adopte le nom de son parrain (Balthazar de Mandols, alias Balthazar de Demandolx, chevalier de Malte) et ajoute celui de ‘Loyola', son baptême ayant eu lieu le jour de la fête de saint Ignace.
Soutenu par son parrain, le nouveau converti visite les ports italiens pour y évangéliser les captifs « maures » retenus par les armées chrétiennes.
Poussant son zèle plus loin Balthazar se rend à Rome pour y demander son admission dans la Compagnie de Jésus. Il étudie d'abord le latin et l'italien pendant trois ans au collège de Messine, alors qu'une enquête discrète confirme qu'il est bien l'héritier du trône de Fès. À la fin de deux ans de noviciat effectués à Rome de 1661 à 1663, Balthazar est ordonné prêtre le 27 décembre 1663 ; il poursuit des études de théologie morale.
Ses études terminées, Balthazar Loyola de Mandes est envoyé évangéliser les esclaves et captifs maures qui se trouvent nombreux dans les ports italiens de Gènes, de Naples et d'autres villes de la péninsule italienne. Sa prestance royale, sa bonne connaissance du Coran comme son zèle missionnaire font merveille. On estime à 600 les personnes converties de l'islam au christianisme. Il fait venir à Gènes un uléma connu de Fès et l'ayant convaincu des vérités de la foi chrétienne, il demande au duc de Toscane d'être son parrain de baptême. Pour accueillir les convertis de l'islam et poursuivre leur formation chrétienne, il crée également une confrérie. Il écrit un livre, en arabe, pour réfuter ses écrits antérieurs à sa conversion religieuse.
En 1667, à sa demande, Balthazar Loyola de Mandes a été affecté à la mission jésuite du Grand Mogol en Inde. Le port d'embarquement étant nécessairement Lisbonne, Balthazar Loyola de Mandes voyage à travers la France méridionale. À Arles, il a la joie de retrouver son parrain de baptême Balthazar de Mandols. Partout l'accueil est chaleureux. À Béziers et Toulouse, les autorités civiles et religieuses lui rendent visite. À son insu un artiste fait son portrait.
Peu après son arrivée à Madrid, épuisé par la chaleur de l'été, il tombe gravement malade. Il séjourne au collège impérial. Sur son lit de mort il parvient encore à convertir un jeune musulman. Le 15 septembre 1667 Balthazar Loyola de Mandes meurt au collège impérial ; il y est enterré.
Sa mort provoque une profonde impression dans la capitale, et la reine, qui lui avait rendu visite lui fait organiser des funérailles royales en présence de plusieurs membres de la cour.
L'origine princière du Père Balthazar Loyola de Mandes, sa personnalité et les circonstances extraordinaires de sa conversion suivie de ses succès missionnaires ont fait que, l'imagination aidant, des légendes se sont rapidement attachées aux faits historiques connus. Sa vie inspira plusieurs dramaturges, en Allemagne (Michael Michon) et surtout en Espagne, dont le célèbre Pedro Calderón de la Barca : son El grande principe de Fez, en 1668 (immédiatement après la mort du Père Balthazar), fut un grand succès dans les théâtres des collèges jésuites. Avant que toute biographie soit écrite ce sont les pièces de théâtre qui ont créé l'image du Père Balthazar Loyola de Mandes.
Sami Lakmahri, journaliste au mensuel marocain Zamane, écrit : « Au XVIIe siècle, des deux côtés, les conversions forcées sont légions. [...] Peut-on penser que Mohammed El Attaz ne cherche en réalité qu'à faciliter sa condition de captif, voire de chercher une libération ? Le parcours ecclésiastique qui suit la conversion d'El Attaz permet d'en douter. Balthazar n'est pas un simple chrétien. Son statut hors norme d'homme de foi ne peut être atteint sans un dévouement religieux extrême ».
Selon Sami Lakmahri, « en termes de propagande, les notables chrétiens ne peuvent rêver d'un meilleur récit. Un prince musulman, pieux et sage, a choisi de rallier la cause de Jésus-Christ. L'histoire de cette incroyable conversion foisonne dans la littérature occidentale. Écrits d'historiens, d'ecclésiastiques et même pièces de théâtre, tous les genres se sont emparés de l'histoire de Balthazar. L'objectif est de faire du Marocain une figure religieuse marquante de son temps. Une preuve du bien fondée de la lutte que mènent les chrétiens contre les infidèles « mahométans ». Si même les plus hauts dignitaires musulmans embrassent la foi chrétienne, sa supériorité ne fait alors plus de doute ». Le Grand Prince de Fès de Calderón de la Barca est écrit en 1668, peu de temps après sa mort, probablement dans le but d'appuyer son procès en béatification.
Références
1. Lilian Pestre de Almeida, « Le trajet d'un prince marocain converti, selon Calderón de la Barca », Revue de l'institut historique de l'Europe méditerranéenne, juin 2012 (lire en ligne, consulté le 18 août 2016).
2. Sami Lakmahri, « Le prince marocain devenu chrétien », Zamane, 16 septembre 2015 (lire en ligne, consulté le 18 août 2016).
Annexes
Bibliographie
• (it) P. Duclos, « Loyola Mandes (Attazi) », dans Diccionario historico de la Compañia de Jesús, Rome, IHSI, 2001, vol. III, p. 2428.
• (es) C. García Goldáraz, « Un príncipe de Fez jesuita: Sceih Muhammad Attasi, en religión P. Baltasar Diego Loyola de Mandes (1631-1667). Estudio sobre su ascendencia regia », dans Miscelánea Comillas, 1944, vol. 2, p. 487-541.
• L. Lebessou, « La seconde vie d'un sultan du Maroc », dans Études, 1910, vol. 123, p. 488-498.
• (en) E. Colombo, « A Muslim Turned Jesuit: Baldassarre Loyola Mandes (1631-1667) », dans Journal of Early Modern History, 2013, vol. 17, p. 479-504 Lire en ligne
• (en) E. Colombo, « Baldassarre Loyola de Mandes (1631-1667), Prince de Fez and Jésuite », dans Les Musulmans dans l'histoire de l'Europe. Tome 1 : Une intégration invisible, éd. Bernard Vincent et Jocelyne Dakhlia, Paris, Albin Michel, 2011, p. 159-193 Lire en ligne [archive].
• (en) E. Colombo, « Infidels at Home. Jesuits and Muslim Slaves in Seventeenth-Century Naples and Spain », dans Journal of Jesuit Studies, 2014, n° 1, p. 192-211 lire en ligne [archive].
• (en) E. Colombo et R. Sacconaghi, « Telling the Untellable. Geography of Conversion of a Muslim Jesuit », dans Space and Conversion: A Global Approach, éd. Wietse De Boer, Aliocha Maldavsky et Giuseppe Marcocci, Leyde, Brill, 2014, p. 285-307 lire en ligne
Historique:
Dans Les Jésuites aux XVIIe et XVIIIe siècles : expression du baroque, Toulouse, 1991, on donne ce portrait du Père Balthazar Mendez de Loyola à un Anonyme du XVIIe siècle ; l'on mentionne que cette huile sur toile mesure 61 x 54 cm et qu'elle est localisée à « Toulouse Résidence » (église toulousaine du Gesu, église de la résidence de la Compagnie des Jésuites). Selon cette publication, il s'agit « peut-être » du « tableau peint à Béziers en 1667 et remis "à l'époque révolutionnaire dans la famille de Saune" qui le possédant (sic) en 1910. Restitué ou donné à la nouvelle Résidence de Toulouse après 1910. » Or, en 1893, dans sa Galerie illustrée de la Compagnie de Jésus, Alfred Hamy localise deux exemplaires de ce tableau, l'un à Toulouse, 20, rue des fleurs, adresse du Révérend Père Henri Ramière, jésuite, le second portrait se trouvant à Mongré, Villefranche (Rhône). Le Révérend Père Ramière étant décédé en 1888, c'est à cette époque que son portrait du Père Balthazar Mendez de Loyola a dû rejoindre le fonds de la Résidence. Le domaine de Mongré, près Villefranche-sur-Saône, est l'un des grands collèges jésuites en France, mais à partir de 1949 l'établissement se restructure et change de tutelle. Pères assomptionnistes (1950-1951, religieuses de l'Assomption (1996), tout changement de direction engendre des transformations. Le portrait du Père Balthazar Mendez de Loyola est-il toujours conservé à Mongré ou a-t-il été cédé à la suite des divers réaménagements du site ? En gros, ce tableau est-il celui de Mongré ? Si tel est le cas Pierre Teilhard de Chardin et Henri Brémond, scolarisés à Mongré, l'ont certainement contemplé.
Bibliographie:
Emanuele Colombo
Baldassarre Loyola de Mandes (1631-1667), prince de Fez et jésuite
Dans : Les musulmans dans l'histoire de l'Europe
PP 159 à 193.
Les Sources inédites :
Les sources inédites de l'histoire du Maroc de 1530 à 1845 ...1922
Le R. P. Balthazar de Loyola Mendez.
Hespéris 1953
Mémorial Henri Basset :
CASTRIES (Henry de). Trois princes marocains convertis au christianisme p. 141